De Team Pro PMU Poker à coach bitB France, Erwann Pecheux a fait évoluer sa carrière professionnelle en quelques années, jusqu’à disputer les plus hauts buy-in en ligne. PokerReport.eu est parti à la rencontre de l’un des joueurs les plus doués de sa génération, à la longévité rare au plus haut-niveau.
PR.eu : Avec le recul, peux-tu nous dire ce que les années avec PMU t’ont apporté ?
E.P. : Une grosse expérience humaine, beaucoup d’expérience live à moindre frais et une longévité dans le poker. Je dis souvent que le sponsoring peut être un piège parce qu’il apporte un trop gros confort et que pendant toutes ces années chez PMU, je n’ai pas beaucoup bossé le jeu et j’ai eu l’impression de moins progresser que d’autres. J’ai eu des périodes de doute sur mon niveau de jeu, je ne perfais pas, sur le .com je ne faisais que perdre entre 2015 et 2018. J’ai eu l’impression d’avoir un peu perdu mon temps techniquement.
Mais d’un autre côté, est-ce que j’aurais duré aussi longtemps dans le poker sans ce sponsoring ? Je ne sais pas. PMU m’a permis de me maintenir à flots toutes ces années jusqu’à ce que je trouve une autre voie chez bitB plus récemment. Cette entreprise de coaching m’a apporté un gros soutien technique et m’a fait énormément progresser.

Comment s’est passé l’après sponsoring pour toi ?
J’ai bien vécu l’arrêt du contrat et je sais que c’est pareil pour mon ancienne coéquipière Sarah Herzali. On avait le sentiment d’avoir fait notre temps et qu’il fallait passer à autre chose. Le staff PMU l’avait compris, ce sont devenus des amis. Il y a toujours eu une grande confiance entre nous mais d’un point de vue professionnel, il n’y avait plus la flamme du début. Il était temps de s’arrêter, de garder ces 8 années de souvenirs et de tourner la page.
Il n’y a pas vraiment eu de moment de flottement après. C’était à la fin des années COVID, où j’avais beaucoup joué online. C’est là où j’ai commencé à vraiment bien étudier le jeu. La tempête émotionnelle de 2017/2018 était passée et j’avais recommencé à performer, les fields online ayant grossi et s’étant affaiblis avec l’arrivée de nouveaux joueurs récréatifs à cette période. J’ai repris confiance et cela s’est très bien passé.
Peux-tu nous parler de ton entrée chez bitB puis de ton rôle aujourd’hui avec eux ?
Je suis entré chez bitB début 2024 suite à un recrutement proposé sur les réseaux sociaux. J’ai postulé et j’ai été pris, notamment grâce à Sarah qui y était déjà et qui a poussé pour me prendre. Un grand merci à elle. Cela s’est super bien passé tout de suite. J’y ai trouvé un cadre de travail excellent : le contenu délivré, les autres joueurs, l’organisation, le staff, tout y est super bien fait. C’est un coaching for profit (CFP), c’est-à dire que les élèves cèdent un pourcentage de leurs gains aux coachs de la structure. J’ai fait du profit tout de suite et j’ai vraiment progressé de manière régulière et rapide. Au bout d’1 an et quelques mois, Sarah ayant pris un congé maternité, elle avait moins de temps pour s’occuper du groupe bitB France et le staff m’a proposé de prendre son relais. J’ai évidemment accepté, cela faisait partie des perspectives d’évolution de la structure, un élève pouvant devenir coach d’un petit groupe.
J’en suis au stade où je suis toujours sous CFP mais je suis aussi coach et je participe donc au CFP d’élèves en-dessous de moi dans la structure. Cela se passe super bien avec un groupe France extraordinaire, des joueurs très peu connus mais extrêmement performants online, talentueux, jeunes, prometteurs et qui vont faire parler d’eux à l’avenir, c’est certain.
Quel est ton quotidien et la place du poker live dans ta vie aujourd’hui ?
Mon quotidien maintenant, c’est du grind 3 à 4 sessions par semaine plutôt 5 sessions en période de series. Et le reste du temps, j’essaye de faire du sport, je suis les coachings du groupe principal anglophone tout en délivrant mes coachings pour le groupe France, je participe aux discussions sur le Discord. Il y a une grosse émulation non-stop au quotidien avec bitB.
De fait, le poker live a pris une place minime. C’est un ralentisseur de progression. Le jeu en live est lent, on joue peu de mains et le niveau est relativement faible donc on ne progresse pas. En live, mon jeu dévie car on a pas du tout affaire aux mêmes profils, et si je joue live trop longtemps, je perds un peu mes réglages. Ce serait différent si je jouais les highstakes en live évidemment, cela correspondrait à ce que je joue online. Mais les highstakes en live sont bien plus élevés, avec des buy-in à 25 000$ et plus, alors que les plus gros buy-in online dépassent rarement 5 000$.
Ajoutons à cela le peu de volume possible, les frais et le rake énormes, le live est très peu rentable. De part le volume et le rakeback, le online reste beaucoup plus rentable sur le long terme. Et puis je n’ai plus trop le temps. Je peux disputer quelques festivals tels que l’EPT Paris car j’y ai un pied-à-terre ou des tournois à domicile à Malte. Et bien sûr Las Vegas, le programme y est tellement fourni.

Avec ta compagne, tu as beaucoup voyagé ces dernières années. Estimes-tu avoir trouvé un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle aujourd’hui ?
Avant d’être en couple, je voyageais beaucoup à travers le monde mais dans des casinos pour des festivals de poker live. Et maintenant, ce n’est quasiment plus pour le poker mais pour découvrir le monde avec ma compagne Sonia. Ce que je trouve le plus difficile à gérer pour avoir un équilibre, c’est le fait de vivre dans un fuseau horaire qui me décale complètement. J’ai vraiment beaucoup de mal à dormir en jouant jusqu’à 2 ou 3 heures du matin et l’âge n’aide pas. J’aimerai vraiment aller au Mexique ou dans un pays où le fuseau horaire me permet d’avoir un rythme de vie plus sain mais le problème c’est que cela m’éloignerait trop de ma famille.
Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes qui se lancent dans le poker aujourd’hui ?
La première chose, c’est d’avoir une bonne gestion de bankroll, surtout pour les Français qui jouent sur le .fr et notamment Winamax avec les Space KO. La variance est monumentale dans ce format. Le fait de ne jamais avoir de jackpot est tout à fait possible, c’est même le scenario qu’il faut considérer, ce qui augmente le rake effectif sur du court/moyen terme.
La deuxième chose, c’est de bien s’entourer. Par exemple en intégrant une structure de travail qui accompagne vraiment à la progression, comme chez bitB où peu importe son niveau, il y aura toujours des joueurs plus forts. L’accompagnement se fait des lowstakes jusqu’au plus haut-niveau. Il faut prendre la voie la plus rapide pour progresser le plus vite possible.
As-tu encore des rêves à accomplir dans le poker ? Tels que remporter un bracelet WSOP qui t’a échappé de peu à plusieurs reprises ?
Online, il y a toujours de nouveaux tournois et de nouveaux titres à aller chercher. Quant au bracelet WSOP, je ne cours plus du tout après, c’est devenu un trophée comme un autre. Il y en a de plus en plus, notamment online, cela n’a plus la même valeur qu’avant. Comment peut-on préserver le prestige du bracelet WSOP quand tu le distribues en live sur des sit&go à 20 joueurs dans des variantes mais aussi online dans un circuit fermé réservé aux résidents canadiens comme sur GGPoker.ca ?
Cela ne fait aucun sens pour moi, le bracelet WSOP n’a plus le même prestige au niveau mondial, c’est juste une marque avec des trophées. On retrouve par exemple sur GGPoker différentes series online, les WSOP Circuit offrant des bagues et les WSOP online décernant des bracelets, séparées d’à peine six mois, et proposant exactement les mêmes tournois, les mêmes garanties, les mêmes buy-in, les mêmes formats… Quelle est la légitimité à donner un bracelet sur l’un mais qu’une bague sur l’autre ? On peut s’interroger sur la cohérence de tout ça.
Que peut-on te souhaiter pour la suite de ta carrière ?
De continuer à gagner des beaux tournois online et aussi essayer d’en gagner en live, si possible des gros buy-in, des gros fields, peu importe le nom qu’on met dessus, ce n’est qu’un nom donné par un organisateur puisqu’il n’y a pas de fédération qui arbitre et hiérarchise les tournois. Et poursuivre aussi ma carrière de coach qui commence très bien grâce à mon groupe bitB.
Crédit Photo à la Une Sophie Pons
